
INTRODUCTION :
Nous savons que le processus par lequel s’est normalisée et standardisée la langue française repose, en partie, sur des notions d’homogénéité linguistique[1] – élément que nous développerons un peu plus en détail au cours de l’analyse historique – mais également sur l’écart par rapport à certaines réalités d’hétérogénéité linguistique, c’est-à-dire l’exclusion ou le refus de certaines caractéristiques propres à la langue sur des principes exogènes (ex. élaguer les variétés d’orthographe régionale pour la plupart des mots, retirer des termes régionaux ou perçus comme des archaïsmes du lexique, imposer une prononciation unique[2]). Toutefois, nous savons sciemment que le désir chez les grammairiens d’arriver à une homogénéité linguistique absolue sans pour autant compromettre l’unité linguistique déjà mise en place par les locuteurs n’est pas réalisable. Nous entendons par « homogénéité » une langue qui exclurait toute influence « extérieure », ou selon les dires de certains grammairiens de l’époque : « une langue libre de tout barbarisme et impureté[3] ». Les distinctions entre les variétés d’une même langue d’autant plus sujettes à se manifester et s’affirmer lorsque cette dernière est véhiculaire[4]. Comme c’est le cas pour toutes les variétés de français parlées « hors France », et même entre les différentes régions de France, le français au Québec regroupe un nombre de différences par rapport au français dit « de métropole ». Il revient alors dans cette analyse de cerner des différences au niveau lexical (mots, expressions, termes couramment employés) et d’évaluer leur niveau de légitimité au Québec en nous fondant principalement sur des dictionnaires et guides terminologiques du Québec et de France. Nous regrouperons ainsi trois grandes catégories : les usages québécois qui ont été codifiés par les instances québécoises et sont ainsi des équivalents des termes correspondants en France, les termes influencés ou maintenus par le contact avec l’anglais (anglicismes sémantiques, lexicaux, emprunts, etc.) et les usages québécois qui sont attestés comme étant moins formels que leur variante française, mais dont la fréquence est comparable aux usages correspondants en France (différences de registre). Pour approfondir notre compréhension du processus de légitimation de la langue française au Québec, il nous semble judicieux de mettre cette réalité en parallèle avec les protocoles de légitimation de la langue espagnole. Non seulement, car les variétés hispaniques des Amériques partagent un nombre intéressant de traits communs avec le français canadien, qui souvent se manifestent par des emplois dits « archaïsants », mais également car le français et l’espagnol partagent également une culture « académique » de la langue et de ses normes. Cette approche nous permet de recenser les spécificités de la situation linguistique au Québec (et plus largement dans la francophonie canadienne), tout en évitant une analyse réductrice qui considèrerait cette situation de manière isolée.
PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHÈSE :
Dans cette étude, nous visons à explorer deux phénomènes spécifiques à la francophonie canadienne. Premièrement, nous examinons la dynamique de légitimation linguistique au Québec : les mots d’origine québécoise ou couramment utilisés au Québec reçoivent-ils une reconnaissance officielle des autorités linguistiques (telles que les dictionnaires, les guides de terminologie, l’Office québécois de la langue française, etc.)? Deuxièmement, nous analysons la potentialité d’un décalage entre la popularité d’un terme et son acceptation par les instances linguistiques québécoises et canadiennes. Notre objectif est de vérifier ces deux aspects, qui s’inscrivent dans une hypothèse globale, en recourant à la langue espagnole comme point de comparaison. Notre hypothèse est donc que la légitimation du français au Québec est caractérisée par son aspect « partiel », c’est-à-dire qu’elle est incomplète et soumise à des conditions spécifiques. Les termes intégrant le lexique québécois doivent répondre à des critères stricts, une exigence à laquelle les standards de normalisation de l’espagnol en Amérique n’est pas confronté. Cette étude présume également une dimension sociologique de légitimation, qui se manifeste par un sentiment d’infériorité linguistique de la part de la francophonie canadienne, une situation plus ou moins absente dans le reste des Amériques.
- Termes légitimités ou parfaitement équivalents à la variante française
Cette première catégorie regroupe un nombre de termes qui peuvent être politiques, culturels ou même parfois démographiques, mais dont la légitimité de l’emploi s’explique par un phénomène de nécessité. Il s’agit généralement d’un mot parfaitement français dont la variante en France est soit trop distincte de la réalité québécoise ou tout simplement inexistante.
- Les anglicismes sémantiques : « faux » ou « traditionnels »
Les anglicismes sémantiques, bien que souvent critiqués au sein de la francophonie canadienne, représentent en réalité une préoccupation mineure pour l’intégrité de la langue française. Ces expressions, bien que françaises dans leur forme, adoptent des significations inspirées de l’anglais, sans pour autant menacer la structure ou la richesse du français. Au Québec, semblable à certaines attitudes observées en France, il existe une réticence notable à accepter ces évolutions linguistiques, même si elles sont couramment utilisées par les locuteurs eux-mêmes. Ces termes, fréquemment employés et intégrés dans le langage courant, se retrouvent même dans les écrits officiels, les publications journalistiques et divers médias, malgré la réprobation exprimée par la plupart des dictionnaires et sources terminologiques. Il est important de souligner que nombre de ces anglicismes sémantiques ne disposent pas d’équivalents directs en français, rendant parfois indispensable l’usage d’une périphrase pour les exprimer.
- Le registre « familier » ou « populaire » : difficulté de la légitimé dans la francophonie canadienne?
Au Québec, comme dans le reste de la francophonie canadienne, certains termes demeurent soit « populaires » ou « familiers » en dépit de leur fréquence d’emploi à l’oral comme à l’écrit. Bien que le registre « familier » n’empêche pas les locuteurs d’employer un terme qui les représente, cette notion endigue tout de même une certaine légitimité dans la mesure où l’on associe familiarité à illégitimité linguistique, et donc qu’on la juge, dans un certain sens, moins correcte que la variante « officielle », par là nous entendons celle de France.
2. Termes québécois légitimes et attestés par les dictionnaires
« souverainisme »
En France, le terme « souverainisme » est aujourd’hui daté et se définit ainsi selon Le Larousse : « Doctrine des défenseurs de l’exercice de la souveraineté nationale en Europe.[5] » Par ailleurs, le terme implique également cette notion dans le cadre de la politique française de l’époque : « Le souverainisme français prend la forme d’une protestation contre une intégration européenne qui mènerait à la disparition des États-nations et consacrerait l’avènement des “États-Unis d’Europe”. » Pourtant, selon Le Robert en ligne, l’acception française est non seulement attestée, mais elle est présentée comme acception première, avant le sens français, à savoir : « mouvement qui soutient la souveraineté du Québec.[6] » Le terme est donc non seulement légitime, mais mis de l’avant dans certains dictionnaires français comme l’usage de référence sachant qu’il est d’actualité seulement dans le contexte québécois. Au Québec, le terme « souverainisme », et la plupart de ses dérivés, est synonyme du mot plus couramment employé en France, soit « nationalisme », voici comment Usito le définit : « Doctrine politique visant à faire du Québec un pays, un État souverain indépendant du Canada. » Cependant, cette distinction soulève la question suivante : pourquoi avoir redéfini un terme alors qu’un autre pouvait s’y prêter? La raison en est avant tout politique. Le terme « nationalisme » ne renvoie pas seulement à une longue histoire affiliée au colonialisme européen dont le Québec a voulu se défaire, mais il implique également un discours antiétatique dans la mesure où le souverainisme défend l’idée que la souveraineté revient aux peuples, aux nations, et non aux États, comme l’État canadien. Nous avons donc raison de croire que la légitimation de ce terme au Québec implique une distinction à la fois sémantique et politique avec son équivalent français « nationalisme », à la fois vague et chargé d’une histoire dont la réalité canadienne est exempte à plusieurs égards. Le nationalisme a par ailleurs une connotation de pouvoir, voire de suprématie alors que le mot souverainisme a été intégré comme un désir d’émancipation d’une « nation » dont l’importance était subsidiaire à celle de laquelle elle voulait se séparer.
« Dépanneur »
Alors qu’il est bien possible d’entendre la légitimité d’un terme comme « souverainisme » qui révèle des réalités à la fois sociopolitiques et historiques qui lui garantissent une place au sein des dictionnaires québécois et canadiens, le terme « dépanneur », a priori banal, se taille lui aussi une place. Mot depuis longtemps employé par les locuteurs francophones du Canada, « dépanneur » traduit lui aussi une particularité propre à la francophonie canadienne dont les équivalents français, par là on entend de France, n’ont jamais intégré le lexique québécois pour des raisons bien précises. Le dépanneur est d’abord et avant tout, et ce, comme l’indique Usito, un petit magasin ou une épicerie (elle aussi de taille modeste) de quartier (que l’on retrouve presque sur chaque rue au Québec) et traduit parfaitement le terme convenient ou corner store dans le reste de l’Amérique du Nord[7]. Il ne choque pas à titre d’emprunt anglicisant car son adaptation est le fruit d’une déverbalisation dans laquelle les mots du départ ne se retrouvent plus dans la traduction pour être remplacés par un concept idiomatiquement francophone, nous ne retenons que l’essence de « convenient », qui ici sert d’adjectif, pour en faire un substantif déjà existant (ex. dépanneur = ouvrier spécialisé, dépanneuse = véhicule de remorquage.) Par ailleurs, les « dépanneurs » en France sont relativement récents et moins abondants. D’ailleurs, le terme formel bien qu’inusité pour désigner ces genres de magasin demeure « commerce de proximité[8] », mais l’internaute est le seul à fournir une définition formelle, Le Robert se contente d’offrir des occurrences de cette expression sans y présenter une définition[9]. En France, de manière familière et condescendante, ces « dépanneurs » sont généralement tenus par des personnes d’origine arabe, l’appellation « Arabe du coin[10] » (parfois « aller chez l’Arabe ») est ainsi fréquente dans la langue familière, mais non moins péjorative. Les dictionnaires de référence francophones, tels que Le Larousse et Le Robert, accordent ainsi au mot « dépanneur » un statut légitime, sans le reléguer à un registre familier.[11][12] Cette approche met en lumière la manière dont la légitimité linguistique au Québec suit une logique spécifique, où l’acceptation des termes par les instances linguistiques repose sur plusieurs critères essentiels. Par conséquent, la codification du mot « dépanneur » rejoint notre thèse actuelle, qui postule que les usages québécois ou canadiens peuvent parfaitement être normalisés pourvu qu’ils répondent aux exigences prescrites. Premièrement, ces termes ne doivent pas être issus directement de l’anglais ni influencés par ce dernier. Deuxièmement, pour qu’un terme puisse illustrer spécifiquement la réalité québécoise, il doit offrir une nuance ou un sens distinctif par rapport à son équivalent français, en particulier lorsque la version française standard est inappropriée ou prête à confusion. Enfin, il importe que le terme en question n’apparaisse pas comme désuet. Ainsi, bien qu’elles ne soient pas explicitement formulées, ces contraintes que reconnaissent consciemment ou inconsciemment les lexicographes et les terminologues façonnent l’identité linguistique et n’autorisent l’émergence de termes profondément intégrés que s’ils ont été préalablement soumis au jugement des « experts » linguistiques de chez nous.
« Banc de neige »
Dans le paysage linguistique de la francophonie canadienne, l’expression « banc de neige » s’impose largement, éclipsant la terminologie française plus traditionnelle « congère[13] », dont l’usage est rare, voire méconnu au Canada. Pourtant, l’emploi de l’expression « banc de neige » a fait l’objet de vives critiques, souvent taxée à tort d’anglicisme par plusieurs dictionnaires en raison de sa ressemblance avec le terme anglais snowbank[14]. D’ailleurs, le Petit Robert (1985) va jusqu’à affirmer que le terme est clairement influencé par l’anglais. Cependant, des recherches ultérieures ont réfuté cette affirmation. Il semble en réalité que l’expression tire ses origines des premiers colons de la Nouvelle-France et continue d’être utilisée dans certaines régions d’Europe, notamment en Suisse et en Picardie, comme le souligne Ludmila Bovet[15]. Claude Poirier aborde ce sujet de manière catégorique, sa frustration perceptible face à l’étrangeté de devoir défendre une expression si profondément enracinée dans notre histoire[16] :
En réalité, congère est un mot dialectal ancien, de la région des Alpes, qui n’a été accepté en français qu’en 1866. De ce point de vue, banc de neige a des lettres de noblesse plus enluminées, puisqu’il est connu sur un territoire plus étendu (dans le français de Belgique, dans les parlers de la Picardie, de la Champagne et de la Brie de même que dans tous les français d’Amérique) et qu’il est attesté dans des textes écrits depuis 1722, chez Bacqueville de la Potherie (Hist)
En effet, « congère » est un ancien mot dialectal de la région des Alpes, officiellement reconnu par les dictionnaires français seulement à partir de 1866[17]. A contrario, « banc de neige » possède une histoire bien plus riche et ancienne, attestée dès 1722 dans les œuvres de Bacqueville de la Potherie, et ses occurrences se manifestent à travers un large éventail de variétés francophones, dont ceux d’Amérique. Poirier articule une défense très courante qui peut à la longue être éreintante, soit celle d’être contraint de justifier les expressions de sa communauté dans le simple désir que termes puissent être un jour consignés. Cette situation révèle que les choix que prennent les lexicographes peuvent affecter la relation que les locuteurs entretiennent avec leur langue, exacerbant souvent une insécurité linguistique préexistante. L’auteur précise par ailleurs que l’origine du mot est bien française et que la francophonie européenne l’emploie encore. À tout prendre, Poirier ponctue cet article en indiquant tout simplement que l’expression « banc de neige » évoque une réalité québécoise et non française, et qu’elle n’a pas à se « justifier », elle existe et cela devrait être suffisant pour ne pas la faire disparaître. Par ailleurs, il peut être intéressant de noter que l’expression « banc de neige » n’est pas seulement bien française, mais également plus propre au contexte canadien de sorte qu’elle offre certaines précisions sémantiques. Alors que toutes les occurrences du mot « congère » dans les dictionnaires rappellent seulement « un amas de neige entassée par le vent » ou une définition très semblable (Petit Robert, Larousse, CNRTL[18][19][20]), l’expression banc de neige implique également l’entassement de la neige par des machines ou à la main, qui sont d’ailleurs pratiquement les seules « congères » auxquelles nous faisons référence au Québec. Il peut donc être frustrant de justifier un terme dont la réalité est essentiellement canadienne. Une manie assez particulière de faire taire tout usage dont l’histoire ou l’étymologie n’est pas assez « française » à notre goût, indépendamment de la population qui l’utilise.
- Anglicismes sémantiques
Il convient de préciser que l’on retrouve au Québec une division quant à l’emploi des anglicismes sémantiques. Il existe ce que l’on pourrait nommer les « faux anglicismes sémantiques » dont l’emploi n’est pas fautif et bien français, mais dont le sens s’est maintenu au Québec sous l’influence de l’anglais alors que le registre en France est devenu archaïque, littéraire ou rare selon le cas. Cette catégorie se distingue des anglicismes sémantiques traditionnels où le sens du mot dérive de l’anglais et n’a jamais été attesté en français.
- Faux anglicismes sémantiques :
« présentement »
Alors que le terme « présentement » est vieilli en France, bien que les sources françaises l’attestent comme un synonyme parfait de l’adverbe « actuellement[21] », il demeure encore d’usage au Québec ainsi que dans certains pays d’Afrique francophones. Comme la Vitrine linguistique nous le précise, « présentement » est attesté dans la langue française depuis le XIIe siècle et n’a été qualifié de « vieilli » dans les dictionnaires français que très récemment[22]. Il est à noter que la variante française préférée « actuellement » n’est pas plus correcte que son équivalent québécois/africain. On soupçonne que la prédilection pour le terme « actuellement » est issue d’une crainte d’utiliser un terme trop proche de celui de l’anglais, mais si cela ne relève pas d’un anglicisme. Cette quête incessante d’utiliser le mot le plus « français » possible amène inéluctablement vers un détachement de la langue qui est avant tout une chose vivante et communale. Dans le cas qui nous concerne, même si cet usage est attesté et consigné par les dictionnaires et ressources québécois, sa fréquence dans les écrits officiels tend à tarir au profit de son synonyme européen. En effet au nombre des occurrences sur Tradooit, on recèle 3802 occurrences du mot « actuellement » contre 729 du mot « présentement », dont la plus grande partie est tirée de sources canadiennes[23].
« Possiblement »
Le terme « possiblement », couramment employé au Québec, a suscité des débats linguistiques notables. Marie-Éva Villers, dans son étude approfondie sur les particularités de la norme linguistique québécoise[24], souligne que « possiblement » est peu usité en France, supplanté depuis plusieurs décennies par d’autres adverbes dans la communication courante, à l’exception de certaines utilisations spécifiques dans le journalisme. Pourtant, son usage n’a pas décliné au Québec. Il est intéressant de noter que malgré cette intégration, une partie du paysage médiatique québécois demeure réticente à son usage, privilégiant des usages plus traditionnellement « français », tels que « éventuellement », – qui par ailleurs ne représente pas l’usage qu’en fait la majorité de la population québeco-canadienne – « peut-être » ou encore « potentiellement ». Dans la même veine, il est observé que les particularités inhérentes à la réalité canadienne stimulent chez certains intellectuels québécois un désir de délaisser ces expressions au profit d’un vocabulaire jugé plus « soigné », par là nous entendons presque systématiquement un usage propre au français d’Europe. Poirier souligne que cette tendance n’est pas récente; elle était même plus marquée avant certains effort d’émancipation linguistique caractérisée par l’émergence du français joualisant des années soixante.
On est surpris, en lisant Maguire (1841), de voir à quel point son intransigeance était totale; par exemple, plutôt que d’accepter un « mot indien » comme atoca, qui ne figurait pas dans le Dictionnaire de l’Académie, cet auteur préférait considérer que « [c]ette baie, que les anglais [sic] appellent cranberry, ne porte point de nom en français ». N’est-ce pas une attitude semblable qui explique, à la fin des années 1960, la lutte qu’ont menée certains puristes au néologisme motoneige pour désigner un véhicule inventé au Québec? Il aurait fallu, selon eux, adopter plutôt scooter des neiges parce que c’était le mot créé en France[25].
Ce passage fait écho à une tendance similaire quant au terme « possiblement », qui, bien que consigné et utilisé au Québec, a connu un déclin de son utilisation en Europe. Faudrait-il remettre en cause sa validité en raison de cette différence transatlantique? Ce débat fait ressortir le tiraillement que vit une communauté linguistique minoritaire entre l’acceptation des particularités linguistiques locales pour faire valoir ses propres usages et la recherche d’une uniformité linguistique qui facilite les efforts de normalisation et une certaine uniformité avec la communauté majoritaire.
II. Anglicismes sémantiques
« Éventuellement »
Comme la plupart des adverbes finissant en – ment, « éventuellement » se rapporte à l’adjectif dont il découle, soit « éventuel. » Le terme est donc synonyme de « accessoirement » ou « potentiellement. » Il inspire avant tout un doute ou une incertitude contrairement au cognat anglais eventually, qui lui, se réfère à une certitude indéfinie ou vague (he will eventually regret this/Il le regrettera un jour), une possibilité conditionnelle (This could eventually play in his disfavour/cela pourrait potentiellement jouer à son désavantage), et par rétroaction, un événement ou une situation précise déjà passé (he died eventually after years of suffering/il est finalement décédé après des années de souffrance) dont les équivalents en français varient selon le contexte et le niveau de langue, comme on le voit dans ces exemples de traduction. On note que la confusion a d’ailleurs été accentuée du fait que l’emprunt sémantique a d’abord été admis par le GDT pour ensuite être retiré. Il faut rappeler que son usage comme anglicisme n’a pas seulement intégré le lexique de la francophonie canadienne en général, mais qu’il s’est également répandu dans les journaux et autres publications, notamment Le Devoir où nous retrouvons 361 occurrences de l’adverbe « éventuellement » dans le sens de « finalement », « au final ». Toutefois, ce journal québécois est loin d’être le seul exemple qui atteste sa fréquence écrite au Québec. Dans la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), disponible en ligne, sous la section « pistard », nous retrouvons plus d’une 113 du mot « éventuellement », dont au moins 40 d’entre elles ont le sens de « eventually ». Le contexte insuffisamment clair de plusieurs autres occurrences du mot ne permet pas de distinguer s’il s’agit du sens anglais ou du sens français. C’est cette connaissance plus poussée de la sémantique anglaise, moins fréquente en Europe, qui incite à faire ces amalgames sémantiques. Cette rupture systématique entre l’emploi d’un anglicisme presque consensuel de la part d’une communauté linguistique et le discours rigoriste des dictionnaires à cet égard est une particularité québécoise où même la France s’avoue parfois vaincue. Le Robert en ligne l’a également intégré à son lexique ainsi que Usito, qui n’indique pas non plus que les variantes françaises de ce terme sont plus justes ou plus valables. La BDL semble la seule source québécoise à proscrire son usage, bien qu’elle n’affirme pas qu’il s’agisse d’une réalité française ou d’un abus du langage, se contentant de présenter les options préférables. Le terme n’est pas si courant au Québec et nous l’entendons rarement dans des situations formelles, au contraire de ce qui se pratique en France. La norme française échappe alors à toute catégorisation ou restriction territoriale, nous n’affirmons pas que cet usage est plutôt régional dans le sens où il est limité à un seul pays. La France demeure, à en croire nos dictionnaires comme ceux d’ailleurs, la référence absolue et souvent unique en matière de norme et dicte par conséquent ce qui est d’usage pour les autres locuteurs, même lorsqu’il s’agit d’anglicismes qui nous sont extérieurs. Toutefois, le mot « éventuellement » a également contaminé le lexique espagnol américain, qui, pour sa part, le tolère selon les pays. Bien que son usage soit répandu dans toute l’Amérique hispanique, seuls trois pays semblent reconnaître sa validité dans un contexte formel, à savoir : les États-Unis*, le Nicaragua et la République-Dominicaine.

Malgré la fréquence d’usage dans des pays comme le Mexique et la Colombie, ce terme fait face à une résistance semblable à celle au Québec, à en croire l’unique acception fournie par le DEM[27] ou les précisions de son emploi erroné au sens de « eventually » de la part de la Fundación del Español Urgente[28].
*La source semble avoir abrégé le terme « Estados Unidos » à « EU » au lieu de « EE.UU. » (dédoublement conventionnel pour les noms pluriels en espagnol).
« Définitivement »
En français, l’adverbe « définitivement » se réfère à l’adjectif « définitif », ce qui veut dire « pour toujours », « à jamais » et parfois « de façon irrévocable. » Cet adverbe est souvent employé sous l’influence de l’anglais dont il existe deux variantes que l’on a tendance à oublier. L’adverbe definitely, issu de l’adjectif definite qui indique la certitude souvent avec force ou conviction, dont les traductions les plus courantes en français sont : « certainement », « absolument » ou « assurément ». En revanche, l’adverbe anglais definitively existe également, dont le sens se rapproche fortement du français, quoique le terme soit moins courant en anglais. Encore une fois, ce sens a été intégré chez les locuteurs francophones du Canada ne possédant pas le double adverbe que l’on retrouve en anglais, mais connaissant bien le sens anglais aussi fréquent que parfois familier. Tradooit n’offre que 795 occurrences pour la traduction « définitivement », face à près de 3 300 occurrences pour « certainement » qui se trouve en tête de liste[29]. Malgré la popularité à la fois écrite et orale de cet anglicisme, les dictionnaires québécois s’entêtent à proscrire son usage, réalité qui n’est pas la même dans beaucoup d’autres langues, dont l’espagnol. En effet, le Canada francophone n’est pas le seul endroit où les anglicismes sémantiques se sont immiscés, l’Amérique latine hispanophone n’est pas étrangère aux entrées de l’anglais et a également opté pour un emploi anglophone du mot definitivamente. Bien que la RAE ne semble pas avoir intégré cette acception dans son dictionnaire actualisé*, les dictionnaires en ligne indiquent que definitivamente peut être équivalent au vocable anglais definitely[30]. C’est également la tendance que nous observons en regardant les traductions offertes par Tradooit, qui compte 2 200 occurrences du mot definitivamente comme mot correspondant à definitely, « sin duda » apparaît en deuxième place avec pas plus de 575 occurrences[31].
*L’édition de 2001 en fait mention, voir : https://www.rae.es/drae2001/definitivamente
« syllabus »
Le mot « syllabus » en France comme au Québec est un terme provenant du latin ecclésiastique dont l’acception première fait référence au droit canonique, défini comme suit : « Recueil des questions tranchées par le pouvoir ecclésiastique.[32] » Étymologiquement, le mot « syllabus » en latin se traduit par « sommaire, liste, rôle ». Pris de façon inconséquente du grec σ ι τ τ υ ́ β α ι « vêtement de cuir », mais qui se référait plutôt au mot grec semblable σ ι ́ τ τ υ β ο ς « étiquette attachée à un livre en forme de rouleau », le terme est non seulement mal interprété, mais n’a peu pour ainsi dire aucun lien tangible avec sa racine étymologique dans son acception française pointue. Le sens latin vulgarisé s’apparente beaucoup plus à l’usage de syllabus en anglais auquel la quasi-intégralité de la francophonie a préféré une formulation un peu plus longue et moins formelle que son équivalent anglo-saxon, à savoir « plan de cours. » Un pays fait exception à la règle, la Belgique wallonne a en effet préconisé le terme syllabus en français et l’a même attesté comme usage préférable[33]. Il est difficile de retracer l’histoire derrière cette légitimation belge, il est possible, comme c’est le cas dans beaucoup de langues ou de variétés d’une langue, que l’usage anglais ait, de par sa popularité, influencé cette décision, mais il n’est non plus pas à exclure la relation adstratique qui existe entre les territoires wallon et flamand, phénomène analogue à la situation québéco-ontarienne. En effet, le mot néerlandais pour « plan de cours » est copié de l’anglais et la graphie demeure intacte, il est possible alors qu’il s’agisse d’une interférence linguistique que la partie francophone de Belgique a popularisée et subséquemment attestée. Pourtant, son emploi au Québec est plus que fréquent, la variante « syllabus » est souvent intégrée dans des plans de cours universitaires comme un équivalent de la dénomination française qui semble moins attrayante pour beaucoup de locuteurs. Au nombre d’exemples fréquents, nous retrouvons une occurrence de syllabus d’un professeur à l’Université de Montréal en y ajoutant également « plan de cours », éventuellement pour indiquer une distinction entre les descriptions et attentes du cours et, d’une autre côté, le « plan » de la session, soit l’ordre dans lequel ces notions apparaîtront[34]. Le terme ne tient donc pas seulement à l’oralité, mais est également écrit par la communauté linguistique concernée, notamment les professeurs qui préconisent l’emploi de ce terme de façon consciente ou inconsciente. Il est donc évident que le Québec et la Belgique furent confrontés à une situation comparable, tous deux influencés par un terme provenant d’une langue extérieure. Toutefois, en ce qui a trait à la Belgique, la popularité du terme a finalement conduit à son acceptation, illustrant un processus fréquent et naturel dans l’évolution linguistique au sein d’une région donnée, un phénomène déjà observé avec l’espagnol et bien connu en anglais. Le Grand Dictionnaire Terminologique (GDT) reconnaît certes que le terme peut être considéré comme un anglicisme, mais suggère qu’il ne devrait pas pour autant être rejeté, adoptant ainsi une posture étonnamment flexible[35]. En contraste, d’autres références, telles qu’Usito, conseillent d’éviter cet usage anglicisant[36]. Cette divergence d’opinions soulève une problématique : en l’absence de consensus, quelle source privilégier? Pour les traducteurs et réviseurs, le choix d’une référence principale peut être dicté par une préférence personnelle ou imposé par des directives externes. Cependant, pour le grand public, la question demeure : comment s’exprimer pour échapper aux critiques des pinailleurs linguistiques sans contribuer à la dilution de la langue française au Québec, souvent perçue comme assiégée par l’influence et la prédominance de l’anglais? La résistance à l’anglicisation de la langue française au Québec est une fois de plus mise à l’épreuve face à l’influence et la présence dominante de l’anglais. Le terme en question s’est profondément ancré dans l’usage quotidien des locuteurs, au point de susciter des hésitations chez certains universitaires. Ces derniers se trouvent parfois à privilégier cette variante au détriment du terme « plan de cours » qui sonne peut-être moins universitaire que son synonyme latin. Nous sommes témoins, encore une fois, d’une divergence entre la pratique linguistique adoptée par la communauté et la résistance normative des autorités régissant les standards et les pratiques de la langue. Cette dynamique reflète la tension entre l’usage naturel de la langue, façonné par le quotidien des locuteurs, et les efforts de préservation d’une identité linguistique francophone face à l’omniprésence de l’anglais.
4. Mots « familiers » ou « populaires »
« patate »
Comme nous l’avons brièvement expliqué, certains termes fréquents (en particulier au Québec) conservent leur registre informel, ce qui indirectement sous-entend un usage moins « correct » que la variante sans cette même étiquette. C’est d’ailleurs le cas du mot « patate » que nous analyserons afin d’illustrer cette tendance. Au Québec, le terme « patate » a toujours été plus fréquent et plus représentatif que sa variante « pomme de terre. » Il est par ailleurs souvent critiqué car son rapprochement graphique et étymologique avec l’anglais « patato » fait tressaillir les puristes, alors que le terme a toujours fait partie du lexique français en général et que son usage de façon familière est répandue dans toute la francophonie[37]. Toutefois, malgré son emploi consensuel au sein de la francophonie canadienne, dire ou écrire « patate » est toujours perçu comme populaire, dans les dictionnaires français comme ceux du Québec. Voici toutes les occurrences où le mot « patate » est présenté comme un populisme et ne peut être un synonyme de « pomme de terre » selon le dictionnaire en ligne Usito[38] :

Nous savons que sa familiarité est une question de distinction sémantique, la patate comme mot employé seul fait référence à une autre variété de tubercule, soit ce que nous appelons la « patate douce » plus couramment au Québec. S’il est bien vrai que cette distinction existe, les locuteurs francophones, spécialement au Canada, préciseront d’emblée qu’il s’agit d’une « patate douce » pour se référer à ce tubercule de taille plus imposante et dont le goût est généralement plus sucré. Il est intéressant, dans ce contexte, de se référer à la langue espagnole qui, elle aussi, regroupe deux variantes linguistiques de ce tubercule. En effet, le mot castillan officiel pour « pomme de terre » est patata alors que papa est préféré et recommandé en Amérique latine hispanique. Il convient de rappeler que le mot papa comme synonyme de pomme de terre n’a jamais été introduit en Espagne au contraire de la France, mais que de surcroît, le mot a longuement été critiqué en Espagne par analogie graphique au mot el papa, qui veut dire « le Pape. » Malgré ces raisons peut-être plus légitimes pour l’Espagne de balayer ce terme de leurs dictionnaires, qu’en est-il aujourd’hui? Si nous consultons encore une fois la RAE, qui est la référence en Espagne comme en Amérique latine, voici ce qu’elle a dire du mot papa[39].
1. f. Planta herbácea anual, de la familia de las solanáceas, originaria de América y cultivada hoy en casi todo el mundo, con tallos ramosos de 40 a 60 cm de altura, hojasdesigual y profundamente partidas, flores blancas o moradas en corimbos terminales (…)
2. f. Tubérculo de la papa.
Le mot est non seulement attesté comme équivalent de patata selon la description, mais n’est en outre pas associé à un registre familier ou populaire. De surcroît, il revient de préciser que ce dictionnaire codifié et réédité en Espagne offre la définition du mot « pomme de terre » pour le mot latino-américain et réfère le terme patata comme l’équivalent espagnol dans laquelle le mot papa est un lien cliquable. La variante d’Amérique latine a donc primauté, mais son attestation dans la RAE tient-il seulement au nombre de locuteurs qui emploient ce terme, bien évidemment dépassant largement l’usage d’Espagne? Nous approfondirons cette notion avec le second terme parfaitement comparable entre le français et l’espagnol.
« chum, blonde »
Le mot « chum » et « blonde » font également partie intégrante de l’histoire au Québec. Alors que Usito nous informe que le mot « chum » est attesté comme emprunt à l’anglais dans les dictionnaires depuis 1907, son emploi non attesté au Québec est beaucoup plus ancien. Par ailleurs, le mot « blonde » ne prend pas assise sur une influence anglaise Il constitue aujourd’hui le terme de prédilection au sein de la francophonie canadienne dont l’équivalent français, encore une fois, n’est pas courant, à savoir « copain » ou l’autre variante déclinante « petit ami », qui a aujourd’hui en France une connotation enfantine. L’emploi du mot « copain » en France n’est pas familier comme équivalent de « concubin, amoureux, conjoint, etc. », il l’est seulement en tant que synonyme de « condisciple, camarade. » Il est à noter que le terme « ami » prend de l’ampleur comme synonyme d’amoureux en France par euphémisme, mais son emploi inspire de nouvelles confusions et requiert un contexte clair. Dans les réalités conversationnelles, le mot « chum » ne reflète pas un discours populaire, ou du moins, les locuteurs québécois l’emploient fréquemment dans un contexte parfaitement standard, voire parfois dans un cadre formel. Il n’est pas rare d’entendre un professeur parler d’un « chum » ou d’une « blonde » dans un cours. Pourtant, Usito ne reconnaît pas ne valeur autre que celle purement « familière » et donc implicitement qui ne devrait pas se retrouver dans un texte écrit, hormis un qui se veut familier :
n. inv. en genre fam. L’emploi de chum est critiqué comme synonyme non standard de ami, camarade, copain.
Un bon ami, un grand copain, un vieux camarade. C’est ma grande amie, ma meilleure amie.
Q/C fam. adjt L’emploi de chum est critiqué comme synonyme non standard de ami, camarade, copain.
Être ami avec qqn. Elles sont copines depuis 20 ans.
Q/C n. m. fam. L’emploi de chum est critiqué comme synonyme non standard de ami de cœur, amoureux, cavalier, conjoint, copain, petit ami.
Elle sort toujours avec son premier amoureux.[40]
Affirmer l’usage plus usuel que familier du mot « chum » dans des situations où le registre employé est sujet à varier est une observation laborieuse qui demande une étude de cas sociolinguistique avec des locuteurs canadiens francophones. En revanche, nous pouvons tout de même observer son emploi écrit dans des contextes ni familiers ni particulièrement formels ou soutenus. Le site nous est d’une grande aide, car les termes « blonde » et « chum » sont absents des occurrences en français employées dans des contextes formels ou même standards. Sur TradooIT, les seules occurrences de ces usages sont tirés de citations d’une tierce partie, p. ex. « Qu’est-ce que ça change si j’envoie à un ami une photo de mon grille-pain ou une photo de ma blonde? Il était vraiment sérieux, en plus…[41] » Sur le site Linguee, les occurrences semblent indiquer la même tendance, on y retrouve même des formules de traduction plus familières en anglais pour rendre cet usage manifestement non standard, telles que « my girl », « my woman », voir notamment l’exemple ci-dessous tiré d’un article portant sur les communautés autochtones[42].
| Tu es ma blonde, Meghan. thehealingjourney.ca | You’re my girl Meghan. [43] thehealingjourney.ca |
Il apparaît toutefois inconséquent que les mots blonde/chum soient les équivalents de my girl/my man, lesquels sont principalement utilisés dans un registre oral et ne trouvent pas leur place dans des contextes plus formels, contrairement aux expressions québécoises. Cette divergence souligne une différence marquée dans l’usage et la perception de ces termes à travers différentes cultures linguistiques, révélant que la familiarité exprimée par ces mots en français du Québec ne se traduit pas de manière identique dans d’autres langues. En ce qui concerne la question de la légitimité linguistique, particulièrement épineuse au sein de la francophonie canadienne, le terme généralement utilisé pour désigner « copain » ou « chum » en espagnol est novio, un choix quasi unanime parmi les pays hispanophones à l’exception notable du Chili et de certaines régions de la Bolivie. Ces derniers ont opté pour une variante issue du mapudungun (langue indigène de l’Argentine et du Chili), à savoir « pololo/a ». L’analogie est ainsi pertinente, puisqu’elle met en lumière la confrontation entre un usage majoritaire et un terme minoritaire dans le contexte linguistique. La RAE reconnaît bien ce terme comme synonyme de novio, mais ne le catégorise pas comme étant un mot coloquial. Simplement attesté comme une variante dans certains pays.
m. y f. Bol. y Chile. Persona que mantiene con otra una relación afectiva menos formal que el noviazgo[44].
Selon le dictionnaire de l’Académie royale d’Espagne, le terme « pololo/a » est reconnu non seulement comme un équivalent valide de la variante plus courante, mais il est également spécifié que « pololo » offre une nuance de signification plus précise par rapport à « novio », qui peut désigner à la fois un(e) fiancé(e) et un(e) petit(e) ami(e). Ainsi, la Real Academia Española (RAE) ne se limite pas à valider l’existence de ce terme ; elle souligne également sa spécificité sémantique propre au Chili, nuance qui peut échapper à d’autres locuteurs hispanophones.
Il convient de soulever deux points : d’une part, l’équivalent français de « petit ami », en mettant de côté l’utilisation familière de « chum » comme synonyme d’ami, subit des critiques pour son emprunt à l’anglais. D’autre part, son pendant féminin, « blonde », bien qu’il soit couramment utilisé et retrouvé dans l’écrit, ne montre pas de lien direct avec l’anglais. Les origines de « blonde » comme désignation d’une compagne amoureuse semblent remonter à une chanson populaire de l’époque des conflits entre les Pays-Bas et la France, où la phrase « auprès de ma blonde[45] » apparaît. Malgré son ancienne utilisation en français et son absence de connexion avec l’anglais, « blonde » conserve une connotation familière, tout en représentant une facette de la culture francophone, un statut que d’autres langues pourraient lui reconnaître comme équivalent de la forme dominante.
« Bas »
L’intérêt marqué de cette étude pour les termes qualifiés de « familiers » ou « populaires » propres au Québec et à la francophonie canadienne découle également de la présence fréquente d’équivalents dans la terminologie hispano-américaine, comme nous en avons déjà soulevé quelques exemples. Ces « américanismes », cependant, ne font pas l’objet des mêmes critiques ou « sanctions », mettant en lumière une réception différente de ces expressions parfois historiquement et linguistiquement analogues. Le dictionnaire Usito, une référence clé pour la terminologie spécifique au Québec, décrit l’usage du terme « bas » comme une pièce vestimentaire recouvrant le pied et la partie inférieure de la jambe, mais note que son utilisation comme synonyme de « chaussette » peut parfois être critiquée pour son manque de conformité aux normes. D’autre part, Le Grand Dictionnaire Terminologique adopte une position plus stricte, reconnaissant uniquement une signification matérielle pour « bas » et critiquant son usage généralisé pour désigner des objets de longueurs variées, ce qui peut mener à des confusions. Rappelons que la confusion lexicale et sémantique est un élément courant des langues et que le contexte vient souvent démêler toute forme d’ambigüité spécieuse. Notre langue n’est pas si fragile, sans quoi nous aurions été contraints d’évincer les paires homophoniques qu’on nous enseigne dès le primaire, sans oublier les écueils contronymiques de mots tels que « hôte » (à la fois celui qui reçoit des invités et l’invité lui-même) ou « louer » (louer un appartement = être le propriétaire du logement ou son locataire). Il est clair que les dictionnaires québécois, loin de se préoccuper de l’ambigüité que pourrait susciter un mot à double sens, ont plutôt fait le choix de se positionner linguistiquement et politiquement dans le dessein non pas de décrire, mais d’imposer les limites du français québécois. Ces décisions peuvent sembler mineures ou anodines, mais elles tendent à effacer les traits distinctifs entre le français du Québec et celui de métropole, de telle sorte que le français « standard » est davantage le fruit d’une codification selon les normes européennes qui ne correspondent pas aux usages et particularités linguistiques du Canada francophone.
Par ailleurs, voici un autre cas où l’espagnol apporte une perspective intéressante. Alors que le terme équivalent pour « bas » n’a plus de sens en Espagne pour désigner des chaussettes modernes, l’Amérique latine a tenu à préserver cet usage (media). Le dictionnaire de l’Académie espagnole, tout comme la plupart des ressources terminologiques bilingues (anglais-espagnol), atteste de l’emploi du mot « media[46]». Voici quelques définitions qui exemplifient ces usages :
media2. (De media [calza]).
1. f. Prenda de punto, seda, nailon, etc., que cubre el pie y la pierna hasta la rodilla o más arriba.
2. f. Am. calcetín.
2. sock (calcetín)
medias
4. (Latin America) (= calcetín) sock[47]
- « Costume de bain »
L’évolution des mœurs et de la pudeur est indéniable, mais la langue doit-elle toujours s’ajuster en conséquence, même lorsque ces « réformes » vont à l’encontre de ses locuteurs? C’est ce que suggère la vitrine linguistique, soulignant que même si certains termes étaient courants en France jusqu’au XXe siècle, dont celui-ci, la transformation des usages et des contextes appelle naturellement à un renouvèlement lexical. Toutefois, notre langue regorge de termes dont l’étymologie s’est éloignée de leur utilisation moderne, souvent par processus métonymique. Il est intéressant de noter que le terme « imprimerie », associé à la révolution du 15e siècle, reste d’usage courant, même pour désigner les boutiques d’imprimantes contemporaines. Un « costume » de bain est-il si archaïsant si on le compare à un système d’imprimerie qui a progressé sur plus de cinq siècles? La question peut tout de même se poser. Par ailleurs, si d’autres ressources terminologiques, dont Usito[48], ne proscrivent pas son usage, il y précise que son emploi est familier. Et qui dit familier, dit moins « correct » que sa variante de métropole.
Au Québec, maillot de bain s’impose également, même si costume de bain demeure couramment employé[49].
costume de bain nom masculin
Cet emploi, vieilli en France, est également en usage dans d’autres aires de la francophonie, notamment en Suisse.
Q/C fam. Maillot de bain.[50]
L’espagnol illustre également ce phénomène, où « traje de baño » (traje étant l’équivalent de « costume ») est communément utilisé en Amérique latine pour désigner ce que l’on porte à la plage (bien que certains pays optent parfois pour un autre terme, dont « malla » (tiré du français « maille[51] » et donc cognat avec notre « maillot ») en Argentine, Bolivie et Uruguay[52], tandis que l’Espagne a fait chuter ce terme (à peu près aux mêmes dates que la francophonie européenne) et lui préfère le terme « bañador », une connotation elle aussi moins « habillée ». Mais qu’en disent les sources? La DEM comme la AML semblent toutes deux sans équivoque, « traje de baño » est un terme neutre pour désigner ce que l’on porte pour aller nager, se baigner, etc. La RAE précise tout de suite son propre terme comme apport synonymique, mais n’indique même pas qu’il s’agit d’un américanisme. Nous savons par ailleurs qu’elle tient à son propre terme, sachant que pour la variante « malla », citée ci-haut, elle choisit le synonyme « bañador », sans précision aucune de l’« américanisme » largement plus courant. Cet exemple montre que ces termes peuvent coexister de manière indépendante et régionale sans s’effacer l’un l’autre. Bien évidemment, le poids de la langue dans les Amériques, confronté au sentiment de supériorité européen, pourrait bien mener à un équilibre inattendu, créant une rivalité qui s’annule dans la confrontation entre nombre d’un côté et orgueil de l’autre, permettant ainsi une certaine « cohabitation » lexicale. Il apparaît clairement que l’Amérique latine ne se préoccupe pas vraiment de la variante castillane, et nous ferions bien de leur emboîter le pas.
RÉSULTATS DE L’ANALYSE ET RÉSUMÉ DES AUTRES LANGUES D’AMÉRIQUE :
Dans le cadre de cette étude, nous avons exploré la question de la légitimité linguistique au Québec, un sujet marqué par des enjeux de légitimation uniques tout en s’inscrivant dans un contexte plus large de choix terminologiques communs aux Amériques. Force est de constater que, en dépit de certaines résistances face aux emprunts linguistiques, tout particulièrement ceux provenant de l’anglais, les dictionnaires ont fait preuve d’une plus grande souplesse au cours des dernières décennies. L’émancipation linguistique au Québec et dans le reste de la francophonie canadienne semble se limiter aux termes que le reste de la communauté ne s’est pas évertuée à traduire dans l’espoir de ne laisser aucune trace de quelque anglicisme. On évitera d’écrire un « mail », mais on enverra plutôt un « courriel », on capitule de tout « challenge », mais on est toujours prêt à relever le « défi ». Pas question non plus de faire du « shopping » lorsqu’on peut « magasiner ». Bien souvent, le français au Québec ne s’oppose au français de métropole que si ce dernier n’a pas offert de traductions préalables. L’insécurité linguistique, si elle est en partie responsable de cette rigueur, n’explique pas à elle seule la complexité linguistique au Québec. Les anglicismes sémantiques, dont l’usage est souvent inconscient, ne reflètent pas nécessairement ce sentiment d’infériorité linguistique, échappant à l’hypercorrection typique de termes comme « présentement » ou à la correction consciente en présence de francophones de termes comme « consistance » (au sens de cohérence, conséquence, congruité). Ainsi, si la légitimité de la langue au Québec peut paraître incertaine, notamment au regard des autres langues véhiculaires des Amériques d’origine européenne, elle se traduit néanmoins par des pratiques très différentes.
Pourtant, les différents pays hispaniques d’Amérique latine semblent aujourd’hui s’être affranchis de la réalité endogène espagnole/madrilène, à quelques exceptions près, dont la nationalisation du vos en Argentine, employé également dans plusieurs autres pays d’Amérique latine, est un exemple d’indépendance linguistique, bien que cet usage, à savoir el voseo, fut source de débat au sein de la communauté argentine et qu’elle fut même proscrite des usages scolaires jusque dans les années soixante-dix[53]. Le pronom vos qui est donc perçu comme archaïque en Espagne comme dans certains pays hispaniques des Amériques, notamment au Mexique, est maintenu en Amérique du Sud comme variante informelle, mais aujourd’hui fait partie intégrante des conventions et de l’usage argentins. Le portugais ne fait non plus pas exception à cette règle. La langue portugaise au Portugal et au Brésil, étant probablement les deux variétés linguistiques qui sont les plus marquées par une distinction de nature à la fois orthographique, lexicale et morphologique, illustrent peut-être le mieux cette division claire sans toutefois écarter la réalité homogène de la langue qui se résume, en termes profanes, à l’intelligibilité mutuelle. Le você portugais se réfère strictement et analogiquement au « vous » singulier français de courtoisie, par contre, au Brésil, sous l’influence d’un emploi plus fréquent du « vous » plutôt que du « tu » à l’époque de la conquête, le vouvoiement s’est maintenu comme un équivalent du tu et le tutoiement grammatical au Brésil a pour ainsi dire disparu de l’emploi des lusophones brésiliens. Possédant une marque de révérence additionnelle, soit o senhor/a senhora, qui se traduit littéralement par « le monsieur ou la madame », peut être utilisé comme un vouvoiement plus fort, bien que son emploi décline au Brésil comme au Portugal[54].
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[1] Rebourcet, « Le français standard et la norme », p. 110.
[2] Yvonne Cazal et Gabriella Parussa, « La construction d’une norme linguistique et orthographique (17e et 18e siècles), » dans Introduction à l’histoire de l’orthographe (2022), par. 13-16.
[3] Peter Burke, « Langage de la pureté et pureté du langage, » Terrain. Anthropologie & sciences humaines 31 (1998) : 103, https://doi.org/10.4000/terrain.3142.
[4] Office québécois de la langue française, « Langue véhiculaire », Vitrine linguistique, disponible sur : https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8894993/langue-vehiculaire (consulté le 28 mars 2024).
[5] Larousse. « Souverainisme. » Encyclopédie Larousse. Consulté le 7 avril 2024, http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/souverainisme/
[6] Le Robert. « Souverainisme. » Dictionnaire Le Robert. Consulté le [date de consultation]. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/souverainisme.
[7] Usito. « Dépanneur. » Dictionnaire Usito. Consulté le 7 avril 2024. https://Usito.usherbrooke.ca/définitions/dépanneur.
[8] L’Internaute Dictionnaire. « Commerce de proximité. » Consulté le 7 avril 2024. https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/commerce-de-proximite/.
[9] Le Robert. « Commerce de proximité. » Dictionnaire Le Robert. Consulté le 7 avril 2024. https://dictionnaire.lerobert.com/definition/commerce-de-proximite.
[10] La Langue Française. « Arabe du coin. » Consulté le 8 avril 2024. https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/arabe-du-coin.
[11] « Dépanneur, » Larousse, consulté le 6 avril 2024, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9panneur/23682.
[12] « Dépanneur, » Le Robert, consulté le 7 avril 2024, https://dictionnaire.lerobert.com/definition/depanneur#google_vignette.
[13] Claude Poirier. « Banc de neige ou congère? » Québec français, no. 80, hiver 1991, p. 92. Érudit, https://id.erudit.org/iderudit/44783ac.
[14] Ibid, p. 92.
[15] Ludmila Bovet, « Le traitement des québécismes dans le Grand Robert 1985, » Revue québécoise de linguistique 16, no. 1 (1986) : 319, https://doi.org/10.7202/602588ar.
[16] op. cit., p. 92, https://id.erudit.org/iderudit/44783ac. Consulté le 7 avril 2024.
[17] CNRTL, « Étymologie de “congère” », https://www.cnrtl.fr/etymologie/cong%C3%A8re, consulté le 2 avril 2024.
[18] Dictionnaire Le Robert, définitions « Congère », https://dictionnaire.lerobert.com/definition/congere, consulté le 7 avril 2024.
[19] Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL), « Congère », https://www.cnrtl.fr/definition/congère, consulté le 7 avril 2024
[20] Larousse, « Congère », Dictionnaire Larousse, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/congère/18185, consulté le 7 avril 2024.
[21] « Article A9P4143, » Dictionnaire de l’Académie française, consulté le 7 avril 2024, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P4143.
[22] « L’adverbe présentement, » Vitrine linguistique, Office québécois de la langue française, consulté le 7 avril 2024, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/25239/le-vocabulaire/tours-dhorizon-et-autres-explications/mises-au-point/ladverbe-presentement.
[23] « Traduction de “presently”, » TradooIT, consulté le 9 avril 2024, https://www.tradooit.com/info.php?q=presently&btn-recherche.x=0&btn-recherche.y=0&langFrom=en&langTo=fr.
[24] Marie-Éva deVillers, Le vif désir de durer. Illustration de la norme réelle du français québécois, Montréal, Québec Amérique, 2005, 347 p.
[25] Claude Poirier, « De la défense à la codification du français québécois : plaidoyer pour une action concertée », Revue québécoise de linguistique, vol. 26, n° 2, 1998, pp. 136-137, http://id.erudit.org/iderudit/603157ar
[26] « Eventualmente », Diccionario de americanismos, Asociación de Academias de la Lengua Española (ASALE), consulté le 9 avril 2024, https://www.asale.org/damer/eventualmente.
[27] « Eventualmente », Dictionario del español de México (DEM), Colegio de México, consulté le 9 avril 2024, https://dem.colmex.mx/ver/eventualmente.
[28] Fundación del Español Urgente (Fundéu), « Recomendación sobre el uso de ‘eventualmente’ », consulté le 9 avril 2024, https://www.fundeu.es/recomendacion/eventualmente.
[29] « Traduction de “definitely”, TradooIT, consulté le 9 avril 2024, https://www.tradooit.com/info.php?q=definitely&btn-recherche.x=27&btn-recherche.y=22&font-size=12&langFrom=en&langTo=fr.
[30] « Definitivamente, » Collins Spanish-English Dictionary, consulté le 10 avril 2024, https://www.collinsdictionary.com/dictionary/spanish-english/definitivamente.
[31] « Traduction de “definitely”, » TradooIT, consulté le 9 avril 2024, https://www.tradooit.com/info.php?q=definitely&btn-recherche.x=34&btn-recherche.y=17&font-size=12&langFrom=en&langTo=es.
[32] Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL). « Syllabus. » Consulté le 6 avril 2024. https://www.cnrtl.fr/definition/syllabus.
[33] « Syllabus », Larousse en ligne, consulté le 3 avril 2024, https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/syllabus/76027.
[34] Laboratoire de cyberjustice. « Syllabus et plan de cours – école d’été 2014. » Consulté le 3 avril 2024. https://www.cyberjustice.ca/files/sites/102/Syllabus-et-plan-de-cours-ecole-ete-2014.pdf.
[35] « Syllabus, » Vitrine linguistique, Office québécois de la langue française, consulté le 11 avril 2024, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26561438/syllabus.
[36] « Syllabus, » Usito, consulté le 7 avril 2024, https://Usito.usherbrooke.ca/d%C3%A9finitions/syllabus.
[37] Larry Hodgson, « Patate ou pomme de terre? », Jardinier paresseux, 17 avril 2021, https://jardinierparesseux.wordpress.com,.
[38] « Patate », Usito, consulté le 12 avril 2024, https://usito.usherbrooke.ca/définitions/patate.
[39] Diccionario de la lengua española, Real Academia Española, s.v. « Papa, » consulté le 10 avril 2024, https://dle.rae.es/papa.
[40] Usito, « Chum, » consulté le 10 avril 2024, https://usito.usherbrooke.ca/définitions/chum.
[41] Canada, Chambre des communes, Comité permanent de la condition féminine, témoignages présentés lors de la réunion 25 de la 42e législature, 1re session, consulté le 10 avril 2024, https://www.noscommunes.ca/DocumentViewer/fr/42-1/FEWO/reunion-25/temoignages.
[42] Service public d’éducation et d’information juridiques du Nouveau-Brunswick et Gignoo Transition House Inc., Prévention de la violence familiale dans les communautés autochtones, novembre 2007, www.lessentiersdelaguerison.ca.
[43] « Linguee », consulté le 11 avril 2024, https://www.linguee.com/english-french/search?source=auto&query=ma+blonde.
[44] «Pololo», Diccionario de la lengua española, consulté le 11 avril 2024, https://dle.rae.es/pololo.
[45] Martin Denis-Constant, « “Auprès de ma blonde…”. Musique et identité », Revue française de science politique 62, no. 1 (2012), pp. 21-22, https://www.cairn.info/revue-francaise-de-science-politique-2012-1-page-21.htm, DOI : 10.3917/rfsp.621.0021.
[46] Collins Spanish-English Dictionary, « Media, » consulté le 10 avril 2024, https://www.collinsdictionary.com/es/diccionario/espanol-ingles/media.
[47] Diccionario de la lengua española, Real Academia Española, 2001, s.v. « Media, » consulté le 10 avril 2024, https://www.rae.es/drae2001/media.
[48] «Costume de bain», Usito, consulté le 12 avril 2024, https://usito.usherbrooke.ca/lexies/costume%20de%20bain.
[49] Office québécois de la langue française, « Maillot, bonnet de bain et sandales : tout le monde à l’eau! », Vitrine linguistique, dernière mise à jour en 2018, https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/ressources-linguistiques/chroniques/chroniques-linguistiques/maillot-bonnet-de-bain-et-sandales-tout-le-monde-a-leau.
[50] Hélène Cajolet-Laganière, Pierre Martel et Chantal‑Édith Masson, avec le concours de Louis Mercier, Jean-Claude Boulanger (feu), et Michel Théoret (feu), « Costume de bain, » Usito, Université de Sherbrooke, dernière mise à jour le 12 février 2024, USherbrooke.ca/Usito.
[51] « malla », Etimologías de Chile, consulté le 13 avril, disponible sur https://etimologias.dechile.net/?malla.
[52] « Diccionario de la lengua española, » Real Academia Española, mot recherché : « malla, » disponible sur https://dle.rae.es/malla.
[53] Miranda, Lidia Raquel, Suárez Cepeda, Sonia Griselda, Nieto González, Analía Edith, et Rodríguez Chaves, David María. « El voseo en el español de la Argentina. Descripción del fenómeno y propuesta metodológica para la clase de ELE. » Facultad de Ciencias Humanas, Universidad Nacional de La Pampa, pp. 2-3.
[54] Peres, Edenize Ponzo. « De “vossa mercê” a “cê”: os processos de uma mudança em curso. » R. (con) Tex. Ling., Vitória, nº 1, 2007, pp. 159-160.
