Mot latin : liberi
Sens : « enfants »

Cela fait bien évidemment longtemps que le latin n’est plus parlé par des locuteurs natifs, ce qui donne lieu à des distinctions particulièrement archaïques, parfois même navrantes. Cependant, ces différences nous offrent la possibilité de voyager dans le temps. Approfondir les nuances du latin nous permet également de mieux comprendre l’histoire et la vie de ceux qui nous ont précédés.
Mais entrons dans le vif du sujet : les langues latines ont hérité de la forme latine « filius, filii » , qui ne supposait pas nécessairement la servitude d’un enfant, mais n’en excluait certainement pas la possibilité. L’explication n’est pas indubitable, mais le terme « liberi » n’a possiblement pas survécu, car les mêmes personnes qui nous ont légué la langue avaient rarement la chance d’avoir des enfants libres. Bien évidemment, pour que ce mot puisse figurer sur cette liste, il faut préciser que liberi nous a légué nos mots actuels pour « libre », mais ce sens existait également en latin, car c’est évidemment ce premier sens qui a donné vie à l’autre, ce qui fait que ce choix de cognat relève quelque peu de la supercherie.
| Français : enfants (fils, fille) Italien: figli Espagnol: hijos Portugais: filhos Catalan: fills Roumain: copii Occitan: enfants | Français : libres Italien: liberi Espagnol : libres Portugais: livres Catalan: lliure Roumain: liberi Occitan: liuvres |
Outre l’étymologie du mot latin, le mot français pour désigner le parcours du jouvenceau connaît lui aussi une histoire assez intéressante. En effet, on peut s’étonner d’apprendre que le mot espagnol « hablar » et le mot français « enfant » dérivent – in fine – du même étymon latin, à savoir fābulor, dont le sens « parler » en latin est plus proche des mots bavarder ou converser, lesquels impliquent également la conversation à bâtons rompus ou le récit d’histoires, d’où le mot fable, fābula étant l’inspiration du verbe. Cependant, une forme verbale le précède, la forme for, qui est à l’origine du mot français « en » (in-) + « fāns » (participe présent ; parler) = qui ne parle pas. En latin, comme en anglais moderne, le terme īnfāns désignait le stade de l’enfant qui n’avait pas encore acquis le don de la parole (0-2 ans). Le français a élargi son sens sous l’influence du latin tardif, dont le sens s’était déjà altéré pour désigner tout enfant de moins de sept ans.
