Mot latin : nauta
Sens : « marin, matelot, navigateur »

Les descendances de cet étymon latin sont innombrables. L’esprit vogue d’abord vers l’adjectif nautique, puis met le cap sur quelques vétérans du lexique maritime : le nautile (le céphalopode) et le nautonnier (ou nautonier, « celui qui conduit une barque »), tous deux dûment attestés dans les dictionnaires modernes.
Néanmoins, c’est surtout comme formant suffixal que -nauta a trouvé un second souffle. Pensons à astronaute (« navigateur des étoiles »), aéronaute (« celui qui navigue dans les airs »), aquanaute (« voyageur des eaux ») et à l’internaute : marin d’un océan devenu numérique. En français, la valeur du formant -naute est clairement « navigateur », d’origine grecque (naútēs), et son histoire écrite remonte à aéronaute (attesté dès 1784), avant que astronaute ne prenne, au XXᵉ siècle, la barre par analogie avec ce premier « -naute » qui lança le bal.
Quant au nom courant du marin dans les langues romanes, nauta a vite cédé sa place à des formations bâties sur le latin marīnus « de la mer » : marin, marinero, marinaio, marinheiro, etc. Cette préférence tient moins à une disparition pure et simple de nauta qu’à l’essor médiéval des marines et de la marinerie (héritières de marīnus), qui ont ancré ces bases dans l’usage général. On relèvera au passage la singularité morphologique de nauta (masculin de 1ʳᵉ déclinaison, « exception masculine » aux côtés de poēta, agricola, pīrāta) : sans suffire, à elle seule, à expliquer le recul du mot en roman, elle nous offre à tout le moins un contexte pour comprendre ces mots perdus à la dérive.
Dans le reste du paysage roman, nauta a su résister aux aléas linguistiques : il se réserve une valeur littéraire ou poétique pour désigner le « marin », survivant comme une embarcation de tradition sur le grand fleuve des mots.
| Langue | Mots savants / dérivés de nauta | Mot courant pour « marin/matelot » | Commentaire |
| Français | nautonier (litt., vieilli), -naute (élément : aéronaute, astronaute, aquanaute, internaute), nautile | marin | Nautonier « personne qui conduit un navire/barque » ; -naute « navigateur » < gr. naútēs ; nautile < lat. nautilus < gr. nautilos. Le nom courant marin < lat. marīnus. |
| Espagnol | nauta (marque littéraire), composés astronauta, aeronauta, cibernauta/internauta | marinero | La RAE donne nauta « persona… del mar », avec étymon lat. nauta < gr. naútēs ; navegante liste « nauta / aeronauta / astronauta / internauta » comme synonymes par domaine. Marinero est le terme usuel. |
| Italien | nauta (poét./lett.), élément -nauta (p. ex. astronauta), nautilo | marinaio | Treccani mentionne nàuta comme forme letteraria et -nàuta comme second élément « navigante » ; marinaio est usuel (voir Treccani). |
| Portugais | nauta (cultisme), composés astronauta, aeronauta, cibernauta/internauta | marinheiro | Dictionnaires PT (Infopédia, Dicio, etc.) attestent nauta « navegante/marinheiro » (registre soutenu) ; marinheiro est l’usage courant. |
| Catalan | nauta (poètic), -nauta (ex. astronauta), nautil | mariner | Le GDLC donne nauta « mariner, navegant » (poétique) et l’étymon naútēs ; mariner est la forme neutre usuelle. |
| Roumain | (→ séries savantes en -naut via emprunts internationaux : astronaut, etc.) | marinar | marinar est construit sur marină + suffixe –ar (dexonline) ; le paradigme « marin- » y a supplanté nauta. |
| Sarde | élément international -nàuta : astronàuta, cosmonàuta ; aussi internauta (usage web) | marineri / marineru (selon variétés) | En sarde, le nom usuel du « marin » est un héritier de marīnus (via it. marinaio) : marineri/marineru Les composés internationaux en -nàuta sont attestés en sarde (p. ex. astronàuta, cosmonàuta). |
